LES GENTILSHOMMES DE LA BRETTE

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Armes de corps à corps au Moyen Age

mardi 3 février 2004, par Cracou

Les armes de l’infanterie sont innombrables et répondent chacune à un besoin spécifique ou aux disponibilités du moment. L’arme la plus simple est dérivée des outils du paysan et contient peu de fer (cher et rare). La masse n’est donc pas, au début du moyen age, armée d’épées, mais de lances, de haches, de faux et de toutes les variantes imaginables.

Epée

Au début du Moyen-Age, l’arme de prédilection est l’épée aiguisée sur les deux tranchant, utilisée pour des coups de taille et parfois des coups d’estoc. Cette épée pèse de 1.5 à 2 kg ce qui est très inférieur aux reproductions de basse qualité que l’on trouve souvent. Le scramassax (long poignard à un tranchant) tombe en désuétude et les haches sont encore bien vues, surtout dans les pays nordiques. Le vilain de base n’a bien souvent que les outils de son métier (vouge, faux...) ou un couteau, terme qui à l’époque représente une lame de 25 à 50cm. L’épée n’est pas réservée, comme plus tard, aux nobles (la "noblesse" n’est d’ailleurs pas encore définie). Le motif est plus prosaïque : elle est chère et réservée à un usage unique : la guerre.

Au XIIIième siècle, Devant la résistance de la cotte de maille, l’épée s’alourdit un peu (vers les 2kg au grand maximum) et les coups d’estoc (complètement incapables de transpercer la cotte) tombent en désuétude ; ce qui explique le bout rond si courant dans les épées de la période. Son tranchant n’est pas très prononcé (elle risquerait de s’ébrécher sur l’écu et la cotte).

L’épée, même alourdie n’a plus beaucoup d’effet sur les lourdes plates. Le combat tourne à un duel de matraquage où l’endurance compte au moins autant que l’habileté. L’armure se brise, les articulations se faussent petit à petit et paralysent les bras. La solution est l’adoption d’armes plus lourdes, plus contondantes : la lance lourde, la masse, le marteau de guerre, le fléau d’arme et la hache.

La Claymore (ou "Claimh mhor", grande épée) est une arme spécifique aux écossais et aux irlandais à partir du XIIIième siècle (utilisation attestée en 1254). Elle fut l’arme de prédilection des highlanders jusqu’au XVIIième siècle et à la bataille de Culloden qui marqua la fin de la charge à l’épée. Elle pèse entre 3 et 4 kilos au grand maximum, ce qui en fait une arme très légère par rapport à sa taille (de 1.60 à 1.80). Les modèles les plus anciens, extrêmement rares portent des quillons droits, alors que les plus récent portent le fameux quillon "au trèfle à quatre feuilles". La doctrine d’emploi de la claymore en faisait une arme de corps à corps "individuel" (par rapport à un glaive utilisable en formation serrée) puisque sa grande taille réclamait de grands espaces de manœuvre. Si sa puissance a souvent été surestimée, c’est une arme très puissante contre le piéton et le cavalier, même lourdement protégé.

Avec l’apparition de l’artillerie et des armes à feu, les protections lourdes disparaissent, ce qui entraînera une révolution complète des armes et de la pratique de l’escrime : avec une poitrine découverte, il est vital d’éviter toute touche, même par la plus légère des lames...

Les armes d’hast

Un principe remarquablement simple dans la tactique individuelle est de tenir l’ennemi à la distance désirée. C’est d’ailleurs ce qu’on enseigne encore de nos jours : trouver sa distance pour perturber l’adversaire. L’utilisation des armes "longues" d’hast est logique : tenu à distance, l’ennemi est réduit à l’impuissance. Evidemment, cette approche n’est valable que dans des cas très particulier : un attaquant qui serait entré dans le rayon « d’impuissance » de l’arme se déferait facilement du porteur d’une pique. Au niveau du duel individuel, l’arme d’hast désavantage contre un homme d’arme compétent. Au niveau de l’unité, l’arme d’hast est presque invincible de front, mais rend les flancs très fragiles et sensibles au débordement. La démonstration a été apportée, entre autre, par la défaite de la phalange macédonienne devant les manipules romains plus souples et mobiles devant le mont Olympe. Plus une arme est longue, moins elle est maniable, de part son poids et son encombrement. Les piques ne sont donc valables que dans le cadre d’une infanterie disciplinée capable d’opposer un véritable mur. La multiplicité des piques permet d’éviter la création de failles dans la ligne d’attaque.

Qu’est ce qui a donc pu contribuer à la l’utilisation de piques, vouges et autres hallebardes ? Tout d’abord, la principale menace pour le piéton n’est pas l’homme d’arme, mais le chevalier monté. La cavalerie est la force de choc de l’époque, l’élément "créant l’événement" (dans les faits ou du moins dans la vision de l’époque). Le mission principale du piéton est sa neutralisation par tous les moyens. Dans un but défensif, la constitution d’unités de piquiers et de hallebardiers permet de constituer des murs infranchissables par la cavalerie, protégeant les archers et la seconde ligne. Dans un but offensif, les piquiers repoussent la cavalerie sans effort et restent invincible tant que la cohésion est conservée. Chaque variante a un intérêt : la pique a une porté supérieure à la lance et tient le cavalier à distance, la hallebarde frappe chevaux et cavaliers et désarçonne, la vouge vise les pattes.

Devant tant d’avantages, comment expliquer la disparition de ces unités pendant des siècles avant un retour progressif à partir du milieu du moyen âge ? La constitution d’unités de piquiers n’est pas une affaire de semaines : il faut des hommes entraînés, des armes spécifiques, presque standardisées dans leur longueur, une doctrine commune, un cohésion sans faille. Or le morcellement du pouvoir empêche toute formation commune. La plus grande réussite de William Wallace est d’avoir su former les hommes des clans écossais en shiltrons.

Quelle est la différence entre la lance et la pique ? La pique, qui peut atteindre cinq mètres doit être tenue à deux mains et a une escrime limité. Elle doit être utilisée dans une formation. Evidemment, il est possible de ne la tenir qu’à une main, mais la fatigue vient rapidement et les coups manquent de puissance (tenue en dessous du bras, le seul mouvement possible est l’avancée de la main, avec un débattement latéral très faible et une vidée à la précision plus que douteuse sans un excellent entraînement.. La lance est plus courte et permet de tenir un bouclier. Elle peut être tenue sous le bras, mais aussi au dessus, bras cassé, comme un javelot. Les coups sont plus rapides et puissants. Il est même possible d’utiliser l’autre extrémité, souvent ferrée en cas de bris du bois.

Quelle est la longueur optimale des piques ? La longueur maximale répond à un impératif technique : une pique longue est lourde, déséquilibrée et malcommode à transporter. 5 ou 6 mètres est la limite, rarement atteinte dans les faits. En tant qu’arme anti-cavalerie, il est essentiel d’avoir une allonge supérieure à celle du chevalier, ce qui n’est pas difficile puisque la lance du chevalier ne peut pas être allongée : les déplacements du cheval la rendraient bien trop dangereuse pour son porteur. Après il s’agit d’une question de mode et de capacité de production.

La Hache

Avant tout outil, la hache est souvent la seul arme des paysans. Elle a pourtant des caractéristiques qui la rendent populaire sur le champ de bataille. Son utilisation dépend aussi des traditions, les nordiques ayant toujours largement utilisé cette arme. Les premiers utilisateurs connus sont les Vikings, pour qui elle est un outil de construction et une arme. Les grande haches nordiques, Danoises, Norvégiennes, Irlandaises sont attestées par la tapisserie de Bayeux. Ce sont des armes à deux mains, lourdes et puissantes qui se manient par moulinet et visent autant les chevaux que les hommes. Le porteur, qui reste souvent au second rang lors du premier choc et sort dans les intervalles des murs de bouclier, est protégé par des aides ou des "porteurs de bouclier" La petite hache de lancer, la francisque, possède un tranchant lourd sur un manche de 40 à 70cm. Utilisée à une main, c’est à la fois une arme de jet et une arme de début de corps à corps. En tant qu’arme de lancer, la porté effective est faible (moins de 10 mètres) et demande un entraînement très précis sur l’évaluation des distances. En effet, le tranchant n’est dangereux qu’à des intervalles précis dépendant de la vitesse de rotation. Le déséquilibre de l’arme (un long manche léger et une masse lourde) déplace le centre de gravité et donne des trajectoires difficiles à maîtriser. En tant qu’arme de corps à corps, la hache est utilisée conjointement au Scramasax comme arme de parade et d’attaque. Elle a l’avantage de se planter dans le bouclier, ce qui permet de l’arracher ou de découvrir le flanc de l’adversaire. Après un passage à vide Age alors que les armures de maille et de plaque réduisent son efficacité, elle revient en tant qu’hache d’arçon portée par les sergents à cheval et les chevaliers. C’est une arme de corps à corps secondaire qui permet au chevalier de tirer parti de sa situation surélevée ou de lutter contre les chevaux.

La Masse

La masse peut sembler primitive : une masse de métal au bout d’un manche de bois. Son ancêtre est la massue. Elle a pour but de défoncer, de fausser les armures, de briser les os et d’étourdir. Les dimensions sont réduites : 50 à 60cm pour de 2 à 4 kg.

Elle apparaît à partir du XIIIième siècle en Europe Occidentale en tant qu’arme roturière, mais elle fut rapidement adoptée par les chevaliers comme arme secondaire de corps à corps lorsqu’ils affrontaient des piétons. Cette utilisation est logique puisque les coups portant de haut en bas avec les épées touchaient les paries les mieux protégées (les épaules et la tête), ce qui nécessitait une arme de grande puissance. La situation surélevée du chevalier assurait un maniement aisé avec des mouvements verticaux et le choc avait lieu à la fin de la trajectoire avec un maximum de force.

Contrairement à une légende tenace, les pointes de métal au bout de la masse relèvent plus souvent de la légende et de l’exagération que de la réalité, tout au moins au début du Moyen-Age. A l’époque il aurait été très difficile de mettre ces pointes en place : soit la pièce aurait du être coulée (technique difficilement praticable au moyen âge), soit les pointes auraient du être rapportées et soudées (le métal d’apport aurait été peu résistant). De plus, cette solution est peu vraisemblable pour une raison pratique : la pointe, toute dangereuse qu’elle soit, se serait plantée au premier coup dans un bouclier.... laissant le chevalier sans défense. En pratique, les pointes d’ailleurs seraient peu efficaces : la masse est conçue pour frapper les parties protégées par des armures de plaque, donc par nature peu sensibles au coups d’estoc.

Avec les progrès métallurgiques, une masse en forme de boule surmontée de pointes fit son apparition (XIVième siècle). Petit à petit, la forme évolue (XVième) : la boule de métal initiale est dotée d’ailettes (de 4 à 7) proéminentes. Leur nombre a évolué selon l’objectif : puissance d’impact (moins d’ailettes mais plus proéminentes) ou éviter le risque de rotation de l’arme en frappant de biais (plus d’ailettes). La partie faible, la hampe, est progressivement remplacée par du fer.

Les rois français ont rapidement compris l’importance de cette nouvelle arme, et les unités de garde du corps du roi de France ou les premiers contingents "professionnels" sont désignés des "sergents massier". Par la suite (XVIième) cette arme disparu progressivement pour devenir avant tout un symbole d’autorité.

Le marteau de guerre est une évolution de la masse. Une face utilise la puissance de choc par le biais d’une base lourde et assez place, l’autre porte un croc ou une pointe. Les deux côtés sont utilisés alternativement selon la cible (plate, maille, piéton...) et le type de coup désiré. Un marteau de guerre lourd fit même son apparition chez les gens de pied. Précurseur et contemporain de la hallebarde, son croc sert à blesser le cheval, désarçonner le chevalier, le faire choir à terre. La masse rompt les articulations et la pointe transperce les défauts (dessous du bras, coup, œil). Le marteau est très puissant mais difficile à manier (la rotation lui ôte toute efficacité).

Le Fléau

Le fléau est avant tout un long manche relié à un poids par une chaîne ou des maillons articulés. La puissance vient du poids de la masse et de l’effet de fouet qui augmente la puissance d’impact. L’articulation permet aussi des manœuvres nouvelles en atteignant par exemple la main cachée derrière le bouclier ou en frappant le dos, souvent moins bien protégé. Le fléau constitue une excellente arme secondaire qui peut servir à saisir la lame de l’adversaire.

Le fléau d’arme est une arme terriblement puissante mais très difficile d’emploi. En cas de coup dans le vide, le contre choc peut déséquilibrer l’attaquant ou le ralentir. En cas d’impact, le chevalier risque un choc en retour. Il doit aussi retirer son arme rapidement, sinon l’adversaire peut s’en saisir sans danger.

Il fut utilisé à partir du début du XIVième siècle par les paysans et les milices (anglaises et flamandes) puis par les chevaliers. Celui des piétons atteint 2 mètres, celui des hommes d’arme dépasse rarement 70-80cm. Comme dans le cas de la masse, la présence de pointes n’est pas constante. Dans sa version la plus simple, la masse de métal est assez dangereuse pour se passer de pointes. Les fléaux plus élaborés en portent, mais souvent dans l’optique de viser spécifiquement les chevaux.

Le scorpion, un fléau sur lequel on attachait par plusieurs chaînes terminées par des poids est plus commun en suisse et dans les pays allemands.


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