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Armes de Tir 800-1400

dimanche 29 février 2004, par Cracou


L’Artillerie

Les fameuses bombardes anglaises de Crécy (trois canons, première référence vérifiée de l’utilisation de l’artillerie dans une grande bataille) avaient pour principal intérêt de faire beaucoup de bruit. Leur porté ridicule par rapport aux arcs et arbalètes, leur immobilité quasi totale (rendant la trajectoire prévisible) et la nature des projectiles (en pierre et pas à mitraille) réduit leur valeur sur le terrain. Elles ne valent pas mieux lors du siège de Calais, où leur porté réduite conduirait les servants au suicide. D’autres références datées montrent la simultanéité de l’apparition de ces armes : un mortier représenté en 1322 par Angelucci, les archives de Rouen et de Lille qui font état de l’achat en 1338 et 1340 de tube à feu ou à bombarde.

Si l’arme était prometteuse, les artilleurs étaient en face d’un problème : la technique métallurgique balbutiante de l’époque est incapable de donner une réponse valable à l’expansion rapide des gaz de combustion dans le fut. Cela conduisit à de nombreux essais (souvent plus désastreux les uns que les autres).

Roquette et fusées Initialement tube de carton ou de bambou rempli de poudre est d’abord destiné à améliorer la portée de la flèche (avec des résultats assez aléatoires) et à provoquer la panique. L’imprévisibilité des fusées à cause d’un guidage très empirique, un manque de stabilité (légèrement compensé par une hampe) et les ricochets divers limite son usage effectif à des sièges de villes (où la cible est grande et pleine de matériaux combustibles) Elle est parfois utilisée en orient à l’époque des croisades (au siège de Damiette en 1218, selon Joinville) ou en Europe (à Orléans en 1429 contre la ville et les fortins anglais).

Les poudres La seule poudre connue est la "poudre noire", instable sur de longues durées. Elle est trop "brisante" et à combustion trop rapide. Elle est composée d’un mélange de charbon (carbone), de salpêtre (azote) et de souffre. L’amélioration progressive de la recette initiale (charbon/souffre/salpêtre en proportions 1/6/6) vers la proportion habituelle (2/1/6) se fait par essais successifs.

Attention, n’essayez pas de reconstituer cette recette : la poudre noire est particulièrement instable en cas de mauvaise manipulation et a tendance à se décomposer au fil du temps (sans compter l’électricité statique). La poudre s’améliore aussi avec un meulage fin qui permet un meilleur mélange des matériaux et d’uniformiser la composition. Des recherches sont menées sur la nature du meilleur bois (en fait celui qui donne le charbon doté du plus grand nombre de pores permettant un mélange complet). Un mouillage final à l’eau suivi d’une longue période de séchage permet de réduire les espaces entre les particules.

La portée d’un canon dépend en grande partie de la vitesse initiale du projective à la sortie du fut. Elle est d’autant plus grande que la poudre est puissante et présente en grande quantité. Pourtant la poudre noire est dite "brisante" car elle brûle très rapidement, ce qui conduit à une dilatation très rapide des gaz, à une très forte augmentation de la pression interne et à une impulsion puissante mais brève sur le projectile. Une poudre à combustion plus lente a de nombreux avantages : la pression augmente moins fort et se réparti mieux dans le fut au fur et à mesure du déplacement du boulet (ce qui, à porté équivalente, permet d’alléger le canon car le risque d’explosion diminue). Le boulet subit une accélération moins forte, mais plus durable et régulière. Aussi, la poudre constitua longtemps un élément limitant la portée des canons. De plus, cette poudre noire encrasse rapidement les tubes, tout en laissant de dangereuses flammèches susceptibles d’enflammer la charge suivante.

Canons de Fer. Comme les températures de forge ne permettent pas d’obtenir du fer liquide, la technique est celle des lames de fer jointives maintenues par cerclage à chaud. En clair, le canon utilise la même technique que le tonneau. Le fer est rare, cher, difficile à usiner. Ce canon posait le problème de la fermeture de la culasse (par une pièce rapportée et non soudée, donc plus faible) et de l’explosion régulière des lames.

Canons de Bois. Même technologie que pour le canon de fer. Cette tentative ne dura pas (heureusement pour les servants). Il est même fait référence à des canons de cuir, mais cela désigne plus un chemisage que le canon lui même. Canons de Bronze. Lourd, coûteux, difficile à couler en alliage homogène, difficile à aléser. Pourtant on sait le couler, donc se baser sur un moule correct. Cela résout aussi le problème de la culasse, qui est coulée d’une seule pièce. Les canons de siège géants (comme ceux utilisés par les Turcs au siège de Constantinople) utilisant de grandes quantités de poudre auront une culasse surdimensionnée pour limiter les risques d’explosion. Canons de Fonte. Vers 1300-1330 on sait couler de la fonte. Elle semble être le matériau optimal pour réaliser un canon : la fonte est très dure. Pourtant les essais furent calamiteux. En effet, la fonte est cassante et peu ductile (c’est à dire peu élastique) alors que le bronze l’est beaucoup plus.

On revient alors au bronze pendant près de 500 ans, en attendant les nouveaux aciers du XIXième siècle. Les progrès furent globalement rapides. A Orléans, les anglais avaient un canon qui frappa de stupeur : il envoyait des boulets de 100 livres à 800 mètres.

Sur le terrain, le canon est placé dans un berceau de bois (limitant les risques en cas d’explosion) fixé au sol (pour limiter le recul) et mis à feu à distance raisonnable par une longue mèche. La cadence de tir est terriblement lente selon nos critères. Sur certains modèles, dotés de culasses amovible que l’on pré-chargeait, la cadence double. Cependant, la jonction imparfaite entre la culasse et le tube provoquait au mieux des fuites de gaz (donc une diminution de la porté) et au pire un effet de souffle comparable à celui d’un canon sans recul actuel. Alors malheur à celui qui se trouvait derrière le tube. La visée est des plus empirique. Le mobilité sur le champ de bataille est exclue (les attelages ne sauraient supporter le recul hormis pour les plus faibles calibres).

Le projectiles sont initialement des boulets de pierre. En rase campagne, ce n’est pas autrement gênant (l’homme d’arme supporte très mal le boulet de pierre). En cas de siège, la pierre se fragmente et perd de son efficacité. La solution première est de cercler avec de fortes bandes de métal, ce qui provoque des jours dans le tube et abîme le canon. On produit ensuite (vers 1360-1380) des boulets de fonte (cassante) puis des boulets de fer (bien plus chers, mais plus efficaces). Le coût des boulets conduit d’ailleurs au versement de primes à celui qui irait les ramasser après la bataille.

La mitraille suivit et donna aux artilleurs le moyen de repousser la cavalerie ou de bloquer de l’infanterie décidée (ou intelligente, c’est à dire évitant la trajectoire figée des boulets). Elle n’en reste pas moins une arme de dernier recours car elle endommage l’âme des canons.

A la fin du moyen âge apparu une autre idée révolutionnaire : la puissance d’impact. En effet, il est évident pour nous que la puissance d’un boulet dépend de son poids (ou de sa masse, pour être correct) et de sa vitesse. Or au moyen âge seul le poids du projectile était relevé. L’artillerie du début de la renaissance vit la naissance de la couleuvrine, une pièce légère tirant des boulets relativement légers, mais avec une très forte vitesse initiale, ce qui leur donne une puissance hors de proportion et stupéfia les italiens.

Les armes à feu individuelles

Pour les armes individuelles, le risque d’explosion est beaucoup plus faible : la charge est bien moins importante et surtout, le tube est proportionnellement bien plus épais.

Au Moyen Age, le nombre de variantes de chaque arme fut infini, tout comme le nombre de terme désignant les armes. D’ailleurs la signification change au cours du temps : la couleuvrine est tantôt une grosse arquebuse, tantôt un canon léger sur affût mobile. Ces armes conservent pourtant nombre de caractéristiques communes :

- Faible cadence de tir (un coup à la minute, voire moins).

- Imprécision absolue du tir en particulier sur des cibles mouvantes (mise à feu par mèche, lourdeur de l’arme).

- Sensibilité au éléments (pluie mouillant la poudre, vent chassant la poudre).

- Lourdeur de l’arme, imposant la présence d’un reposoir pour le canon.

- Usage contraire aux règles de la chevalerie (en clair : un manant peut tuer un chevalier bien cuirassé), ce qui conduisait à l’exécution sommaire des premiers utilisateurs.

- Nécessite de réserves de poudre, donc demandant une logistique élaborée.

Mais alors pourquoi ces armes se sont elles développées ? Tout d’abord, le coût, à partir de 1300, du métal diminue puisque la production de fer de qualité métallurgique augmente. Le coût est bien inférieur à celui d’une arbalète avec ses accessoires. En cas de besoin, les balles sont produites sur le terrain. L’arme est toujours prête à faire feu, une fois chargée. Ce n’est pas le cas des arcs, ni des arbalètes (la corde risquerait de se détendre petit à petit). Plus important, faire un bon archer demande des années. Un bon arbalétrier, des mois. Un arquebusier est utilisable après quelques semaines. Il est donc tentant pour les bourgeois de stocker des armes à feu, quitte à les distribuer à la milice pour défendre la ville. Effectivement, les premières unités apparaissent dans les filles franches d’Italie et d’Allemagne vers 1350.

Les premières armes à feu nous sembleraient étranges : un tube de fer ou d’acier de 30cm au plus, formé par forgeage à chaud emmanché dans un tube de bois ou de métal. Le tireur appuie cette tige contre un objet solide (mur...) ou sur une cuirasse et fait feu à l’aide d’une mèche lente par l’intermédiaire d’un "jour" creusé dans le métal. Progressivement le fut s’allonge (ce qui augmente la précision) et le mécanisme de mis à feu est perfectionné. Tout le problème est de produite une étincelle sur la poudre, sans pour autant conserver de mèche (dangereuse et malcommode) ni laisser le bassinet découvert (car la poudre pourrait tomber ou se mouiller). Les inventeurs vont passer 300 ans à essayer de résoudre ce problème, en ajoutant des mécanismes à ressort et des silex... vers 1700. La platine à mèche a de beaux jours devant elle !

Arbalète

Utilisée à partir de l’an 1000 en occident, elle a un mécanisme extrêmement simple à comprendre : un ressort en bois (puis en métal à partir du XIVième) est monté sur un fût (l’arbrier) creusé servant à guider un carreau. Le coup est retenu par un crochet (la noix) et est déclenché par une action sur une gâchette ou un ressort. Le carreau diffère de la flèche : la tête est métallique et de section carrée (pour des raisons pratiques car cette forme est plus stable sur l’arbrier, et on pensait parfois que cette forme causait plus de dégâts). La tête est souvent simplement enfichée sur le trait, ce qui la provoque la séparation dans le corps de la victime et provoque des hémorragies en cas de tentative d’extraction. Son poids, relativement élevé, lui donne une très forte puissance d’impact à courte et moyenne distance. Le problème fondamental de l’arbalète est son chargement. Par définition, plus l’arbalète est puissante, plus elle est difficile à recharger, à cause de l’effort à fournir. Il a donc existé des modèles de toutes les tailles, chacun adapté à un usage spécifique. La version la plus légère est l’arbalète "de chasse", maniée par une main , souvent par un cavalier. Arme légère et peu puissant, elle offre l’avantage d’être la seule arme de jet immédiatement disponible avant l’apparition des pistolets à rouet.

Les version les plus lourdes, et les plus puissantes, sont des modèles où le rechargement se fait par cranequin, qui est en fait une crémaillère sur laquelle circule un pignon, ou par manivelle, avec nombre de cordes de renvois et de poulies. Ces modèles sont surtout utilisés en temps de siège, par l’un et l’autre camp, avec des servants pour recharger. Il faut imaginer la puissance d’une seule meurtrière dans ce cas : un homme expérimenté appuyé de quelques servant peut à lui seul bloquer un assaut en tirant à coup sur à près de 200 mètres. Le modèles intermédiaires, les plus courants sur le champ de bataille, sont caractérisés par la présence d’un "étrier" : le tireur y met le pied puis tire fortement sur la corde. Une version plus élaborée est celle où l’arbalétrier a un ceinturon doté d’un crochet : le rechargement est réalisé lorsqu’il se redresse, ce qui augmente la force disponible.

L’arbalétrier a parfaitement conscience de sa faible cadence de tir, c’est pourquoi il est lourdement protégé, en particulier par des pavois qu’il fiche en terre devant lui. En cas de danger, et entre deux tirs, il les utilise pour se couvrir. Cela rend les arbalétriers peu mobiles sur le champ de bataille, mais terriblement puissants. Parler de supériorité de l’arc sur l’arbalète est impropre : les deux armes se complètent et ont des pouvoirs vulnérants différents.

Arc

L’arc a toujours été utilisé. Au tout début du Moyen Age, les archers font parti des armées, sans en être une composante fondamentale. Les arcs ne sont pas très puissants, et un bouclier parvient à limiter leur efficacité. Ils sont habitués à tirer "en bande" sur des masses.

Une des première référence historique à l’utilisation du tir "en cloche", visant spécifiquement les arrières date de Hastings (1066), où Guillaume ordonne une attaque sur les lignes arrières moins bien protégées que les premiers rangs en armure et protégés par le mur de boucliers. A la suite de nombreuses déconvenues au pays de Galle (où les habitants manient avec dextérité un arc long et l’utilisent dans une "petite guerre", les anglais forment en 1280 les premières unités réellement permanentes. D’autres lois favorisent le maintien des effectifs mobilisables en imposant un entraînement hebdomadaire et en créant toute une série de récompenses pour les meilleurs archers. Ces lois répondent à un besoin spécifique : faire bon archer demande littéralement des années de pratique. Le nouvel arc long transperce les cotes de maille, et tue facilement les chevaux. On fait souvent référence à des flèches ayant traversé, lors d’essais, des madriers de chêne. Sans retirer leur valeur à ces arcs, nombre de récits sont de vastes exagérations (tout comme le récit d’épées découpant homme et montures).

La puissance de l’arc en tant qu’arme réside avant tout dans le degré de maîtrise des archers. Tant qu’ils purent aligner un grand nombre d’archers compétents, les anglais continuaient à dominer les champs de bataille... mais cela eu un effet pervers bien connu : le perdant apprend plus facilement que le vainqueur. Alors que les français évoluèrent dans leur méthodes et leurs tactiques, les anglais, empêtrées dans des conflits internes (début de la guerre des Roses), subirent une sorte de sclérose dans l’évolution des tactiques.

Qui est plus puissant ? L’archer ou l’arbalétrier ? tout est discutable :

-  l’arc long est plus rapide, mais nécessite une trajectoire en cloche et a une pénétration intéressante, mais limitée sur un bon pavois.

-  l’archer est mobile au pas de l’infanterie, tire plus vite mais demande beaucoup d’entraînement.

-  l’arbalète a une portée en tir tendu bien plus longue et aucune protection ne résiste à son tir.

-  l-’arbalétrier est relativement immobile (il plante son pavois en terre et ne bouge plus).

En fait, tout dépend de la situation tactique. en toute rigueur, les archers se feront planter par les arbalétriers à distance... les cordes des arbalètes peuvent être distendues et la portée réduite. L’arbalète peut bloquer de l’infanterie lourdement blindée ou de la cavalerie, mais les archer peuvent saturer l’air. Tout est une question de protection.

En plus les archers ont besoin de régler leur tir (dans une bataille contre les écossais, ils se sont fait décimer car les écossais leur ont sauté dessus avant que la bonne distance soit trouvée). Il faut aussi prendre en compte l’impact psychologique de voir les premiers rangs d’une unité décimée par des tirs d’arbalète. Les survivants ont la tentation de se couvrir ou de se retirer.

Ces armes sont complémentaires. le problème est que les français, indisciplinés, n’ont pas laissé les arbalétriers génois nettoyer le terrain.


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