LES GENTILSHOMMES DE LA BRETTE

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Encore du sang !

lundi 23 février 2004, par Nicolas de Beaumont


Encore du sang...

Le drôle s'avançait vers moi la rapière à la main, cuidant m'occire d'une simple estocade ; duquel, nu, j'esquivais de dextre...

Il est vrai que le coquart avait bonne raison de me vouloir mort, ayant durant moult nuits fait quelques politesses à sa Dame. Il faut bien dire que ce niquedouille, à peine marié en l'église délaissa sa tendre pour aller de nuit noire s'envinasser avec ses compères en l'auberge du Sanglier. La belle, prompt a coqueliquer, et à lui donner enfantelets... était bien marri d'un tel traitement. Ne pouvant souffrir d'une telle malhonnêteté et de par ma complexion désireux de lui porter secours, je lui proposais mes charmes. Laquelle, bien seulette, et me trouvant à la fois si bien membré et bien fendu de gueule aurait été bien embéguinée de refuser le morceau gentiment offert. Je dis cela, bien sur, sans vanterie aucune. Le mois passant fini, je courtisais encore sa belle si bien que ce coquart escouillé l'apprit d'une mégère. C'est ainsi qu'il me surprit, tout sueux d'avoir couru de par rues et ruelles pour rentrer chez lui, à besogner sa femme. Ah ! Compain, je n'ai jamais vu coquardeau plus courroucé que celui-là. Force est de tenter de l'apaiser, mais ceci en vain. Je dus m'ensauver par un fenestrou, donnant sur les toits de notre bonne ville, que nous avons laissé ouvert. Imagines, compain, ma vergogne à courir en ma naturelle nudité sous la lune rousse, le drôle derrière moi hurlant comme fol qu'il voulait me dépêcher.

Le temps passa, un ou deux mois, au point que j'oubliais cette mésaventure ; que mal j'en fis , car le drôle complotait en ma personne un funeste destin. Ne trouve t'on plus vil compère qu'un mari cocu ?

Mêlé à la boue et au bren...

Je n'eus de hâte à rompre puis tenter une esquive de corps que déjà il me porta une estafilade au bras senestre. Assuré de ce premier exploit, le bougre feinta et poussa une seconde estocade...

Je rentrais, ce soir là, en ma demeure. La nuit était calme. Quelques folieuses attendant puceaux à déniaiser sur la place du bourg. Pris dans mon pensement, je n'y prêtais attention malgré les oeillades et les appels du parpal. En dépit de mon tendre penchant pour le cotillon je n'avais pas le coeur à la paillardise comme si je sentais l'heure de ma mort approcher.

En effet, le cornard et ses compères m'attendaient, a quelque lieux de là, en embûche derrière une porte cochère, la rapière à la main et le foulard cachant le visage. Ah ! La nature humaine est complexe : Bien qu'étant trois et moi seul, les drôles avaient si peu fiance à m'envoyer en enfer que dans leur triste manège, ils n'avaient pas omis de masquer leurs trognes de peur que, si je devais m'en tirer, je n'ailles les dénoncer au capitaine des archers. Ils firent bien car, le premier spadassin venant vers moi, je lui tirais une botte apprise en mes vertes années d'un maître es armes italien le dépêchant sitôt. Le second fut moins prompt à ferrailler et rompis à bonne distance. J'en profitais pour attaquer le troisième larron. Mon fer se brisa sur une parade. Le maraud attaqua derechef. J'esquivais de corps et saisis de la main senestre sa coquille tandis que je le frappais le crâne d'un coup de quillon. Le lourdeau recula d'un pas, trébucha et défailli.

Le second se trouvant seul, pris de l'assurance et ôta le foulard qui lui cachait le nez. C'est alors que je reconnu mon cocu...

Tout ce sang pour...

Le drôle s'avançait vers moi la rapière à la main, cuidant m'occire d'une simple estocade ; duquel, nu, j'esquivais de dextre... Je n'eus de hâte à rompre puis tenter une esquive de corps que déjà il me porta une estafilade au bras senestre. Assuré de ce premier exploit, le bougre feinta et poussa une seconde estocade... D'une volte, je le poussais vers l'avant et me dégagea. Tandis que mon adversaire reprenait son équilibre, je ramassais l'arme de la main de ma première victime. Le sot revenait à la charge et faisait preuve de moult maladresses. Après un long échange, las, d'une pointe entre ses yeux, je mis fin à la comédie.

Ah ! Compain ! Pourquoi l'avoir dépêché si promptement. Le bougre n'était pas plaisant, certes, mais le minois de sa belle l'était. Ah, mon ami ! Me voilà bien marri : Ma vertu m'interdit de coqueliquer avec une veuve.



Rien !




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