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Armures et protections après l’an 1000

Un petit récapitulatif rapide sur l’évolution de l’équipement

lundi 27 décembre 2004, par Cracou


Avant Propos

Avant tout, n’oublions pas que l’Europe n’est pas, et de loin, le centre de l’activité culturelle ou intellectuelle. L’empire Byzantin est encore vivace et ses armées sont renommées, malgré la décadence de plus en plus grande de ses dirigeants. Les pays arabes connaissent un développement économique et culturel incroyable. Leurs commerçants régentent les échanges avec les pays d’extrême orient et la société est organisée et policée par la présence d’une administration nombreuse appuyée par une armée disciplinée. A juste titre, les califes ne voient souvent dans l’Europe qu’un agglomérat de peuplades barbares mal dégrossies et de rois de faible importance. Cette vision ne change que rarement, lorsque des hommes exceptionnels tels Charlemagne arrivent au pouvoir. Evidemment la situation aura évoluée lorsque les croisés arriveront en Palestine, terre alors ravagée par les luttes d’influence l’affaiblissement du pouvoir du calife.

La pièce de base est la cotte de maille (nom actuel) ou haubert. Chère et difficile à entretenir (il faut les rouler tous les jours dans le sable pour lutter contre la rouille et conserver le jeu des anneaux), elle a l’avantage de pouvoir être produite par tout forgeron capable de tirer un fil. Ce n’est pas une question triviale : il faut tirer un fil de diamètre constant, savoir les riveter (la maille est normalement rivetée) et les carburer pour augmenter la résistance. Avant l’invention de méthodes mécaniques de tréfilage par moulin à eau dans des filières d’acier, la production était extrêmement limité.

Selon la période et la mode, le haubert recouvre seulement le torse, soit le corps entier y compris les jambes. Il peut même être fendu largement pour protéger un cavalier). La cotte pèse entre 10 et 25 kilos selon la densité et la structure (4 en un, 6 en un, double rang...). Elle est composée de 30.000 à 60.000 anneaux. Croyez moi sur parole, une cotte de maille est lourde. J’en ai une de 13 kilos et la porter plus de quelques heures est très fatiguant.

A cause du risque de rouille, on vernit ou peint souvent le haubert. Un haubert nu est dit "haubert brillant" (forcément) et a l’avantage d’éblouir l’adversaire. C’est aussi un symbole de richesse (ou d’inconscience) puisqu’on ne prétend pas se garder de la rouille. La cotte de maille arrête net les coups de taille de l’épée et la lance de l’époque (attention, la lance n’est pas encore l’espèce de bélier monstrueux popularisé dans les films. Ce genre de lance "à la Ivanohé" est bien postérieur... d’ailleurs elle devait prendre appui sur une armure de plate à cause de son poids). La cotte protège aussi correctement contre les arcs de l’époque (des arcs composites, pas les longbow gallois qui sont bien postérieurs).

En pratique, le haubert protège moins bien que la broigne, mais est plus souple, plus aérée, plus légère et donc plus facile à porter lors d’expéditions (comme les croisades). Elle est aussi plus facile à réparer (un anneau se remplace facilement) et ajuster sur un corps (éventuellement après avoir occis le précédent propriétaire).

L’utilisation de la protection dépendra donc souvent de l’utilisation prévue. Un sapeur, une arbalétrier offert aux coups du longbow préférera la broigne lourde mais protectrice. Un cavalier ou un fantassin utilisera un haubert, arbitrant en faveur de la mobilité.

Si le poids a énormément d’importance, c’est à cause d’une notion très souvent oubliée par nos contemporains : la fatigue qui est le facteur principal. Imaginez porter une armure lourde. Vous et votre cheval n’avez qu’une "autonomie" réduite avant épuisement total. Au bout de deux heures, selon le climat, vous serez littéralement cuit et épuisé. D’où la préférence pour un choc rapide et décisif. D’ailleurs il n’est pas rare de voir dans les chroniques des batailles s’arrêter pour que les deux camps se reposent et se restaurent avant de reprendre le combat. Il ne s’agit pas d’une mesure humanitaire, mais purement pratique.

L’existence d’une réserve fraîche est d’ailleurs cruciale et conduit souvent à la formation de lignes de batailles sur plusieurs rangs, chacune devant remplacer l’autre au cours de l’affrontement. A une prise de flanc et une extension des lignes, le chevalier médiéval préférera souvent une densification de la ligne d’attaque principale (pour son plus grand malheur une fois que son adversaire aura compris la manœuvre, d’ailleurs).

Il est intéressant de remarquer que les romains sont aussi passés d’une protection type cotte de maille à une protection par plaques articulées, pour des raisons de production en série, de coût mais aussi d’efficacité. En effet, le barbare moyen, malgré toute sa valeur, aurait eu bien du mal à traverser la cuirasse. Seuls les membres restaient exposés... relativement, à cause du grand bouclier. Infanterie invulnérable, les romains perdirent leur force quand ils se virent confrontés à des troupes irrégulières à cheval. Fin de l’aparté. Pour éviter que le choc ne brise les os sous la cotte, on porte un gambison (une cotte de tissus ou de cuir rembourrée de crin de cheval, de bourre ou constitué d’un empilement de couches de lin. La résistance du gambison à la pénétration est impressionnante même de nos jours. Il fonctionne véritablement comme un gilet pare balle : chaque couche de tissu ralenti l’impact et diffuse les efforts. Une flèche à pointe classique est incapable de le pénétrer, ce qui conduisit d’ailleurs à la créations de pointes « anti blindages » très fines, longues et pointues conçues pour écarter les tissus sans perdre de l’énergie à les déchirer

La tête est protégée par un capuchon ou camail, qui est une extension en maille reliée au haubert. On porte en dessous une coiffe rembourrée, qui a le même rôle que le gambison. Par dessus, on ajoute la cotte d’arme ou tabard (selon l’époque), qui porte les couleurs du chevalier et évite qu’il ne cuise au soleil (d’où l’intérêt du tabard blanc des croisés).

Les jambes sont couvertes de chausses en maille Une ceinture en cuir permet de porter l’épée. Cette dernière est portée relativement de travers (pour éviter qu’elle se prenne dans les jambes). Les mains sont couvertes de mitaines (moufles à un doigt articulé) couvertes de mailles.

L’écu, un bouclier de grande taille (jusqu’à 1.50 et 70cm) est spécifique au chevalier monté. Il couvre tout un flanc (le gauche, celui qui tient les rennes). A pied, il est encore efficace, mais très fatiguant à porter et encombrant. Un chevalier démonté lui préférera rapidement un bouclier un peu plus petit, mais plus maniable. Il est toutefois courant de rencontrer des chevaliers délaissant le bouclier pour des raisons d’encombrement, même à cheval. En effet, la conduite du cheval, avec un bras entravé, est singulièrement difficile. L’écu ne prend tout son intérêt que lorsque l’adversaire, comme la cavalerie arabe composée d’archers à cheval, privilégie le combat à distance. Les croisés représentés sont donc logiquement dotés de grands écus.

Ces boucliers sont en bois (jamais en métal : trop lourd) cambrés éventuellement renforcés de métal et souvent recouvert de cuir. Un umbo, c’est à dire une pièce de métal rapporté au centre sert à dévier les coups. Cette pièce est très courante et existait chez les romains ou les vikings. La prise en main se fait par des boucles de cuir, les enarmes. Hors de la bataille, il est porté par le cheval ou en sautoir avec une sangle, la guigue. Sa taille en fait une civière tout à fait valable après la bataille, comme le précisent les chroniques. Le bouclier est l’une des rares armes défensive dont le fantassin de base était doté. Dans leur cas, le modèle favori est d’abord rectangulaire et peut donc servir à construire un "mur de bouclier", technique retrouvée dans de nombreuses formations défensives des âges sombres (Poitiers en 732 ou Hastings en 1066). Là encore les variantes sont innombrables.

La lance est encore d’une longueur raisonnable (moins de 3m) et pèse de 2 à 5kg. Le bois est du frêne (léger et résistant) et la pointe en acier à plusieurs pans (de 2 à 4 selon la période et la mode). Elle est souvent aiguisée aux deux extrémités (elle reste utilisable même brisée). La prise en main se fait sur le quamois, qui est une partie recouverte de peau et évite à la main gantée de glisser sur le bois humide. La charge à pleine vitesse dans la masse des combattants n’est pas encore d’actualité : tenue à la main, la lance maintenue sous le bras risquerait de déboîter l’épaule du chevalier. Essayez vous même. Prenez une règle et foncez dans le mur (attention à la tête). Vous verrez que votre épaule ne peut supporter le choc et que votre bras recule. Maintenant imaginez l’effet de choc sur le bras du chevalier lorsque la lance heurte le corps d’un piéton.

Il est donc probable que le choc ne se fasse pas à pleine vitesse. La vitesse a plein d’inconvénients : on risque de tomber (ridicule), on ne dirige pas bien la lance, on fatigue le cheval. Il est aussi possible que le chevalier utilise la lance comme une sagaie : au dessus de la tête. Cette position des bras est bien plus naturelle et d’ailleurs correspond à ce que nous voyons sur la tapisserie de Bayeux.

La selle est rigide, avec deux parties relevées, les arçons. Il est hors de question de faire du saut d’obstacle avec cette selle. Elle est très stable, mais briserait le dos du chevalier qui ferait des acrobaties. Globalement, la protection décrite correspond à celle représentée sur la tapisserie de Bayeux datant de la fin du XIème siècle. Pour plus d’informations, lisez les récits de Hastings. Le soldat de base isolé est à cette période complètement dépourvu contre le chevalier. Seul un groupe discipliné est capable de l’arrêter.

Vers 1150

La demande croissante de fer, que les forgerons sont incapables de marteler en quantité suffisante mène à un progrès technique par l’utilisation de l’énergie hydraulique sous la forme de marteau pilons rudimentaires et de soufflets augmentant la température des fours. Celle ci atteint des niveaux exceptionnelle (1250-1300° C) pour l’époque et accélère le travail du métal. Le nombre de pièces d’armure augmente. Le casque continue son évolution et se sépare en deux branches : la cervelière est le casque léger alors qu’apparaît la visagière ou casque à masque qui est le modèle de combat. Sa forme évoluera petit à petit, pour des contraintes de production (toujours le problème des surfaces développables) vers une forme hémisphérique et deviendra le célèbre heaume, qui est avant tout un casque doté d’un masque facial. A la fin de la période, le heaume devient à la mode et vient rapidement s’ajouter au capuchon. C’est un grand casque d’acier de forme cylindrique ou légèrement conique ressemblant à nos boites de conserve. On retrouve là deux pièces développables : une plaque martelée en forme de cylindre jointe à une partie supérieure assez plate. Il est parfois bordé d’un cercle (une bande de métal où l’on a incrusté des pierres ou de la verroterie). Il est attaché au haubert par des lacets de cuir pour éviter d’être arraché et repose plus sur les épaules que sur la tête. En effet, en cas de coup de haut en bas, il faut éviter que les cervicales prennent le choc, d’où l’idée de le diffuser les efforts sur les épaules. La vision s’opère par une fente et la respiration par des trous à hauteur de la bouche. Le Heaume reste pourtant très inconfortable et l’audition est presque impossible. Le bouclier est régulièrement décoré, mais sans aucune règle, l’héraldique étant encore à ses balbutiements.

Vers 1200

Le Haubert et le heaume "classique" sont la référence des chevaliers. La défense a pris le pas sur l’attaque, qui a maintenant besoin d’une évolution pour rendre un pouvoir vulnérant aux armes. Le heaume si inconfortable à cause du manque d’aération est perfectionné par l’ajout d’un volet sur charnières, qui permet de le porter sur de longues périodes. La fente de vision unique du début est aussi remplacée par un volet à multiples entailles bien plus fines (et donc laissant peu de place pour l’entrée d’une lame). La mâchoire peut elle aussi être découverte, grâce à l’adjonction d’un second volet basculant au dessus du heaume. Les armoiries commencent à apparaître. C’est logique : avec le Heaume, on ne sait plus qui est qui. L’écu est aussi recouvert par les armoiries, d’abord très simples. D’ailleurs, en règle général, les armoiries la plus simple est la plus ancienne. On porte une attention particulière à la jointure entre le cou et la cuirasse, en ajourant un large collier de maille très serrée et très fine, qui est attachée au casque et diminue le risque de pénétration d’une lame. Nos escrimeurs modernes auront reconnu l’ancêtre de la bavette des casques. Au XIIIième siècle, le collier s’étend et couvre les épaules. Il est renforcé par des plaques de métal et des couches de cuir.

Vers 1250

Devant la résistance de la cotte de maille, l’épée s’alourdit un peu (vers les 1.8kg au grand maximum pour les armes à deux mains) et les coups d’estoc (complètement incapables de transpercer la cotte) tombent en désuétude ; ce qui explique le bout rond si courant dans les épées de la période. Son tranchant n’est pas très prononcé (elle risquerait de s’ébrécher sur l’écu et la cotte), et les coups ont pour but d’assommer, de démantibuler les mailles et de briser les os. Dans cette affaire, le plus endurant est souvent le survivant. Ces coups d’épée glissent sur le haubert et frappent les épaules. La puissance du choc, malgré la présence du gambison, suffit à briser les clavicules. Devant ce danger, une première étape consiste en l’adoption d’ailettes. Ce sont des plaques de fer attachées aux aisselles et prenant appui sur les joues du casque. L’arrangement est imparfait à cause du risque de basculement de la pièce d’armure si les courroies ne sont pas parfaitement ajustées ou sont coupées lors du combat. De plus les mouvements de la tête sont limités lors des premiers essais. Les chausses de maille ne suffisent plus non plus et sont renforcées ici et là par des plaques dites plates en fer, en alliage (bronze ou plus souvent laiton) voir en cuir. Le nom change selon l’emplacement : grèves sur les tibias, genouillères sur les genoux, cubitières sur les coudes. L’installation est encore primitive et les articulations absentes. Ce ne sont que des renforts sur la maille. La lance évolue et est dotée d’une rondelle qui protège la main des coups contondants, en plus de dévier la lance ennemie du trajet de la saignée (le creux du coude). Les heaumes évoluent, avec l’apparition des modèles arrondis. L’évolution du casque est d’ailleurs constante.

Vers 1260

L’écu tel que nous le connaissons (forme d’arc d’ogive, environ 60x60cm) fait son apparition. Il est en bois, plus précisément, pour les plus luxueux, en lamellé collé double couche à fils croisés. Le bouclier n’a plus autant d’importance lorsque les plates détournent la majorité des coups. Son utilisation est plus directe, offensive et mobile.

Vers 1280

La technique de purification du fer change radicalement. La soufflerie hydraulique avait déjà augmenté la température de chauffe (vers 1600-1630 degrés), mais le goulet d’étranglement reste la production de fer. Le métal, l’éponge, obtenu est mélangé de scories vitreuses (mélange de fer, de minerai non oxydé et de silicates) qu’un bon forgeron sait éliminer, mais qui demande un travail énorme pour une production infime. Les tours de chauffe (les ancêtres des haut fourneaux) s’allongent et atteignent 3-4 mètres en Allemagne et en Flandres. La température interne augmente et conduit enfin à la coulée de fer liquide avec environ 4% de carbone. L’intérêt immédiat est la possibilité de fonte du fer dans des moules à cire perdue. Portant, il reste un problème majeur : la coulée n’est évidemment pas pure. C’est une fonte dure, peu sensible à la corrosion, mais extrêmement cassante à cause de la présence excessive de carbone et donc impropre à tout usage militaire. Le martelage, aussi appelé cinglage, permet de transformer la fonte en fer en chassant le surplus de carbone, mais cette décarburation est encore peu efficace. Malgré tout, la production de fer augmente radicalement. La solution est le puddlage, procédé de décarburation par mélange intensif de la coulée à l’aide de longues gaffes en métal dans un four réfractaire sans contact avec le coke inventé en 1784. Ce procédé perdurera jusqu’au XIXième siècle. Il est efficace, mais extrêmement éprouvant et dangereux, ce qui fait de l’ouvrier puddleur un des mieux payé.

Vers 1300, début du Bas Moyen Age

Des spalières, ou plaques d’épaule font alors leur apparition. Attachées à des courroies, elles absorbent le coup et réduisent le danger de fracture. C’est la toute première étape vers la fameuse l’armure de plate. Les bras sont protégés par des "plaques en tuyaux" Le buste se couvre de plates, avec des plaques courbées recouvertes de tissus et soutenues à l’intérieur par de la toile ou du cuir appelées cotte à plates ou cuirassines. Cette armure est plus connue sous le nom postérieur de brigantine. Les plaques sont rivées entre elles ou au cuir de soutien. L’intérêt de cette armure est de lutter contre l’effet contondant des lourdes armes : la première couche de tissus amortie légèrement le coup, tout en protégeant les plaques contre les éléments (et le chevalier de la chaleur), la plaque dévie le coup, la couche intérieure permet d’absorber le choc. Le heaume est concurrencé par des bacinets, à visière bulbeuse (les fameux casques à bec pointu) ou en trompe. L’écu diminue encore de largeur. A l’origine, le bacinet est une protection supplémentaire issue de la cervelière portée sous le grand heaume. Il est attaché par des vervelles (courroies).

Vers 1350

Le haut fourneau atteint 5 à 10 mètres devient courant. La production passe à un stade semi industriel : la coulée est permanente, l’extinction du four rare et chère. Un seul four peut donner de 500 à 1000kg de fer par coulée, tout en assurant une qualité suffisante. Cette évolution est corrélée à une véritable explosion de la demande. Le fer est bon à tout : l’armure de plate devient de plus en plus courante, les premiers canons en fer voient le jour (sans trop de succès : le manque de régularité dans les coulées causent des explosions de fûts et l’usinage est très pénible : on reviendra au bronze), les boulets de pierre sont remplacés par des boulets de fonte mortels pour les antiques murailles. Développement des plates de bras et de jambes, qui sont maintenant bien protégées, même si les articulations ont encore des défauts et ne sont pas souples. Le pied est couvert d’un soleret à lames articulées. La plaque de fer "poitrine d’acier" fait on apparition, avec des chaînes (au lieu de liens en cuir) pour retenir les armes.

Les plates recouvrent entièrement le corps, et donne une armure nouvelle, le harnois, qui représente l’idée classique de l’armure de chevalier : l’armure de plate. Dans les premiers temps, il est décoré et peint. Par la suite, les peintures sont remplacées (en Allemagne ) par des gravures au burin, voire par d’autres techniques (ciselure, damasquinage...). Le casque évolue et se diversifie : le bacinet à camail est à la mode. Il est doté ensuite d’un gorgerin (une pièce d’armure de plate remplaçant le camail et la maille autour du cou) et d’une visière mobile. Le bacinet a l’avantage de dévier les coups portés de haut en bas et de faire riper les coups de face. Il est aussi doté d’un mézail (ou ventaille), qui est une visière mobile couvrant la face. Il est percé de vues (ou perçures). Si la vue se fait par une découpe dans le mézail, il est dit "à vue coupée". Si la vue se fait dans l’interstice entre le mézail et le casque, il est dit "à vidaille". Le chapel de fer (aussi nommé capel, hanepier ou chapeline) , typiquement adapté aux hommes d’armes fait aussi son apparition. Il est très populaire chez les piétons car il protège particulièrement bien contre les coups de haut en bas, c’est à dire des chevaliers, des flèches tirées en parabole et des projectiles divers et variés. Au fil du temps, son avantail (bord), s’étend et le transforme. La salade est son descendant direct, puisque c’est un chapel de fer à bords rabattus vers le bas. L’écu, qui perd encore de son importance, a maintenant la forme "héraldique" (deux bords parallèles et une base pointue).

Vers 1360

La lance, qui est devenue de plus en plus longue et lourde est presque inutilisable en l’état : le bras ne peut la porter longtemps. On invente alors l’arrêt de cuirasse, qui est une pièce soutenant la lance par un jeu de crochets et de liens en cuir. Le bras ne sert plus qu’à donner une direction, sans supporter le poids. La lance redevient alors une arme puissante car plus longue et plus lourde. Le chevalier doit par contre faire attention à ne pas s’empêtrer. On imagine d’ailleurs pourquoi un chevalier démonté est en mauvaise posture : non pas à cause du poids de son armure, mais à cause du désordre dans son équipement. La Jaque est cité en 1364. Il s’agit d’une version « modernisée » du vénérable gambison. Sa forme est mise à la mode en pinçant la taille et en rendant parfois les manches amovibles par un jeu d’aiguillettes. Elle est parfois renforcée par des pièces de métal aux parties les plus exposées. La Jaque de maille suivra et est la version renforcée de la Jaque avec l’adjonction d’une maille entre les couches de toile. Elle pourrait être comparée à une version allégée et plus mobile de la besantine. Elle était en dotation des unités d’archer à cheval de l’armée française à la fin du XVeme siècle.

Vers 1370

Le harnois blanc, non décoré et laissé pur apparaît. Il est particulièrement à la mode en Italie puis en France. L’armure devient non seulement un objet utilitaire, mais aussi une marque de richesse et de prestige. Les autres harnois sont ciselés (gravure en relief ), gravés (attaque à l’acide de certaines parties de l’armure), damasquinées (incrustation de filets d’or ou d’argent) voire même dorés à la feuille. L’écu continue à diminuer de taille. Certains sont dotés d’une échancrure à droite pour bloquer la lourde lance en place. D’autres rétrécissent encore et deviennent des targes, parfois dotées d’une pointe. Ce bouclier est utilisé aussi bien en défense qu’en attaque. Les casques évoluent : le heaume à tête de crapaud fait son apparition. Ses côtés sont très incurvés vers l’intérieur. Les coups de face sont déviés, les coups latéraux ripent. Le bacinet acquiert une visière. La barbute, de l’italien barbuta, est un nouveau type de salade dite "italienne" ou "française". Elle est très proche de la salade, même s’il descend plus sur les joues et a un couvre nuque plus petit. Ceci dit, les différences avec la salade sont ténues et relèvent du spécialiste. Ces nouveaux casques ne sont pas des "surfaces développables", mais grâce aux progrès de la métallurgie, et en particulier à l’augmentation des températures de chauffe et de réchauffe, il est plus facile de travailler le fer dans la forme voulue. On voit bien ici que les progrès dans l’armement découlent non seulement de l’expérience sur le champ de bataille mais aussi des évolutions technologiques. Ce progrès facilite aussi la mise aux mesures des pièces de plate : elles sont de mieux en mieux ajustées et les articulations se perfectionnent. Les hommes de pied adoptent le hoqueton, vêtement à base de cuir ou de toile qui remplace la cotte d’arme (ou tabard). Les armes des hommes de pied évoluent pour contrer le blindé qu’est le chevalier. L’idée n’est pas de l’affronter directement selon ses termes, combat qui serait sans issue. Seule la cohésion et un soutien interarmes (même si le terme est anachronique) rend l’armée efficace. L’épée du chevalier évolue encore : devant la plaque, les meilleurs épées sont inefficaces... ce qui conduit au retour de l’épée pointues visant les défauts de l’armure. Le chevalier porte alors plusieurs épées, chacune adaptée à la situation, et utilise volontiers les masses.

Vers 1375

La brigantine apparaît. C’est une armure composée de lames d’acier clouées sur un support de toile ou de cuir. Les plaques sont articulées entre elles et donnent un plastron relativement souple et plus confortable que la plaque. La couche supérieure de tissu (souvent du velours) est largement utilisée pour l’héraldique. Elle est utilisée par les gens de pied (archers français, milice genevoise). Progressivement, elle est améliorée avec des protections de bras avant de tomber progressivement en désuétude au XVIeme siècle.

Vers 1380

Encore de nouveaux casques : le chapel de fer à nasal, le bacinet à museau de chien et la barbute enveloppante. Le bas de l’armure de plate, qui manquait de protection (la plate est plus courte que la maille) est couvert par la braconnière (à l’avant), et très logiquement par le batte-cul (à l’arrière). C’est un ensemble de lames articulées très protecteur pour les parties basses du corps. Le soleret d’allonge (et rend la marche impossible). L’acier dit "à haute résistance" fait son apparition. Produit par étirement d’une brame (une coulée de fer), il permet de diminuer l’épaisseur de l’armure à résistance égale. Le tréfilage des fils de fer atteint des dimensions industrielles et ce qui permet d’atteindre des diamètres réguliers et d’affiner la taille des mailles, ce qui conduit à la création de la chemise de maille, protection dissimulée efficace contre l’arme blanche.

Vers 1390

Le haume disparaît pour de bon, remplacé par le grand bacinet. Ce dernier se développera et évoluera tout au long du XVième siècle. A la suite de la braconnière apparaît la tassette. Elles ont pour but de couvrir le défaut de l’armure entre le bassin et les cuisses. Elle est accrochée à la braconnière. Il arrive que d’autres tassettes mineures, les flancarts soient aussi attachés au batte-cul.

Vers 1400

Les gens de pied, avec la massification de la production, portent de plus en plus souvent des plates. La pièce de base est le colletin. Les plus riches se dotent d’une pansière à la place de la maille ou de l’armure de cuir. Le dessous des épaules, emplacement traditionnel d’un défaut de l’armure (il est impossible de trop faire remonter la plaque de torse à cause du frottement possible avec le bras) est maintenant protégé par une nouvelle pièce, la rondelle de plastron. C’est un disque de métal pointu attaché par des liens de cuir juste au niveau de l’épaule et qui a pour objectif de dévier une lame. Début de la fabrication de l’armet.

Vers 1430

Un autre défaut des armures était le manque de souplesse des articulations, surtout des coudes et des genoux. Les articulations à lames ou ailerons se développent sur les cubitières et les genouillères. Le soleret s’allonge (probablement pas effet de mode, sans raison technique). Les casques à la mode sont la salade et la barbute, avec le bicoquet, qui est un casque se rétrécissant au niveau du coup (et favorise le ripage). Devant la perfection de l’armure, l’écu de bois n’est plus nécessaire et disparaît pour de bon du champ de bataille en tant qu’arme défensive. Il reste encore, sous la forme de targe, comme arme secondaire (parfois avec une pointe).

Vers 1440

Les spalières couvrent les omoplates et descendent sur le torse, réduisant la taille des "défauts" de l’armure. Quelques unes sont articulées.

Vers 1450

L’armure complète, ou harnois devient de plus en plus courante. La production s’accélère grâce au progrès technique. Les artisans et les forgerons adoptent de plus en plus la division du travail et certaines villes se transforment en "manufactures" d’armes. Il n’est pas rare de trouver des unités complètes de gens de pieds protégés par des armures complètes. Dans les casques, l’armet (à vervelles et à gorge) et le bicoquet apparaissent, sans pour autant supplanter salades et autres barbutes.

1453 Fin du Moyen Age Enfin, l’ultime étape du développement des armures est le fameux harnois, appelé harnois blanc en l’absence de décorations. A titre d’exemple, le film Jeanne d’Arc utilisait des harnois presque complets.

Mais pourquoi cette protection aussi efficace disparu en moins de cinquante ans des champs de bataille ? A cause d’une arme primitive, simple, grossière, prompte aux ratés mais pourtant redoutable : l’arquebuse d’abord connue sous le nom de hacquebute ou d’arquebus. Au début simple tube de métal fiché dans un fut de bois bourré de poudre, l’arme est d’une imprécision redoutable. Le fait d’appuyer lebois contre n’importe quelle partie du corps ou sur le sol n’aidait d’ailleurs pas franchement. Cette arme maniée par un seul homme remplace la couleuvrine servie par deux hommes (un tireur porteur du fut et un chargeur responsable du pied de soutien). Non seulement cette arme est une innovation technologique, mais sa doctrine d’emploi subit un changement profond : le tube à feu n’est plus seulement attribué à l’artillerie. Or, à cette époque, l’artillerie est cantonnée à des positions fixes une fois installée (le véritable changement et la souplesse tactique datent du XVIIIième siècle avec les avants-trains et le système Gribeauval) et réalise des tirs droits devant sans concentration des feux (ou mobilité des feux - concept bien trop moderne et systématisé seulement lors des guerres napoléoniennes), même si elle était parfois réalisée empiriquement comme à Castillon en 1453. Une fois transférée à l’infanterie, l’arme à feu acquiert un pouvoir de nuisance énorme : elle suit les mouvements tactiques, rend une position intenable, même pour des arbalétriers pourvus de pavois, bloque un passage crucial, perce la meilleure et la plus épaisse des armures et, sacrilège pour nombre de grands, frappe les uns et les autres sans égard pour le rang. Bayard lui même mourut d’une arquebusade espagnole en 1524, ce qui choqua fort ses contemporains.

cracou


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