LES GENTILSHOMMES DE LA BRETTE

Accueil du site > 2 - De cape et d’épée > Histoire et Escrime > Escrime civile ou militaire, première partie

Escrime civile ou militaire, première partie

mardi 4 octobre 2005, par Cracou


Escrime civile, escrime militaire ?

L’arrivée, ou plutôt le retour au XVIIe siècle, des formations de type phalange conduit au développement d’une escrime spécifique caractérisée par la prise en compte de l’ordre serré. Ce petit article s’intéresse, pour une fois, plus au fonctionnement des unités militaires de notre période 1630-1650 qu’à l’escrime civile présentée dans les ouvrages de Nicolas Giganti ( "Escole ou Théatre auquel sont représentées diverses manières de se servir de l’épée seule, ou accompaignée du poignard tant pour détourner que pour donner le coup" 1602), Hieronyme Calvacabo ( "Traité ou instruction pour tirer des armes de l’excellent scrimeur Hironyme Calvacabo, avec un discours pour tirer de l’espee seule, fait par le defunt Patenostrier de Rome" 1617), François Dancie ("L’épée de combat ou l’usage de la tire des armes " 1623) et Charles Besnard ("Le maistre d’arme libéral " 1653).

Le XVIIe siècle est marqué par une évolution très rapide des techniques militaires, de la tactique et de la stratégie.

Pendant des siècles, l’arme dominant le champ de bataille était la cavalerie lourde. Son utilisation massive décidait souvent du sort des armes. Evidemment, utilisée seule, elle était de peu de valeur, et le succès dépendait d’une coordination entre les unités de tireurs, gens à pied, les ordonnances et l’artillerie. Pourtant, cette coordination est souvent difficile devant l’origine disparate des éléments de l’armée, leur degré d’entraînement et de motivation. De plus, l’utilisation de tactiques élaborées est interdite par le risque de confusions, de paniques... Un troisième problème est le chevauchement des commandements : la direction de l’armée, ou d’une aile, peut être laissé à un personnage de haute lignée, sans qu’il soit réellement compétent.

Face à ces difficultés, la solution logique est la formation d’unités permanentes, soldées, entraînées rigoureusement, loyales au roi. Il serait aussi intéressant que ces unités soient d’une taille standard, assez grosses pour résister à un coup de main, assez légères pour être mobiles. La standardisation facilite le commandement, en particulier aux échelons supérieurs, puisque les réactions d’une unité donné sont connues et plus facilement intégrées dans un plan d’ensemble. Elles doivent aussi être résistantes à la cavalerie, capables de combats au corps à corps avec l’infanterie adverse, dotées d’armes de tir... En bref, elles doivent avoir toutes les qualités. La combinaison optimale des armes et la taille fit dont l’objet de multiples évolution prenant en compte les adversaires probables et l’évolution des techniques c’est à dire essentiellement celle des armes à feu.

Le principal moteur de l’évolution fut l’armée Espagnole à partir du tout début du XVIe siècle. Dès 1495, l’armée espagnole forma les Capitanas (compagnies) permanentes de 100 à 300 hommes (en pratique) mélangeant des piquiers, des arbalétriers/ hommes d’arme et des espingarderos (tireurs d’arquebuse primitive). A ce cœur, on joint des compagnies de cavalerie dont le rôle est réduit. Ce premier pas est insuffisant : une unité de 200 hommes est trop faible pour bloquer durablement une unité de cavalerie. Elle manque aussi de puissance de feu. Le pas suivant va être la création d’unités plus importantes, les Tercios

Le Tercio

Véritable révolution, le Tercio est très moderne dans sa composition. Dès 1534 il comprendra :

· Un état major permanent, chargé du commandement, de l’intendance, de la discipline (avec même l’équivalent d’une police militaire), et les responsables de la musique, médicaux sans oublier les chapelains.

· Des compagnies de combat, en nombre variable. Ces compagnies sont spécialisées : elles sont composées soit d’une majorité de piquiers, soit d’arquebusiers. Chacune comporte un élément de commandement de 11 hommes (commandant, ordonnance, musiciens, barbier-chirurgien, chapelain...)

Le compagnie est divisée en groupes de 25 hommes commandés par un cabo, qui a un rôle de sous officier vétéran. Chaque groupe est lui même divisé en « camaradas », des unités non officielles regroupant les hommes par affinité (probablement les groupes partageants « le même feu ». La proportion d’homme de chaque arme évolua continuellement. Globalement la tendance est à l’augmentation du nombre de tireurs au détriment du nombre de piquiers. Le nombre de ces tireurs représenta près de 60-70% des hommes à l’époque qui nous intéresse.

L’ordonnance de 1632 modifia l’organisation des compagnies. Les Tercios de l’Armée des Flandres comportent théoriquement 200 hommes : 11 officiers et membres de l’état major, 70 piquiers, 40 mousquetaires, 79 arquebusiers. En 1636, le Cardinal Infante modifie l’organisation des Tercios Italiens et Espagnols de l’Armé des Flandres en 2 compagnies d’Arquebusiers et 13 compagnies de Piquiers. Pourtant cette organisation théorique est très rarement rencontrée sur le terrain avec les pertes et les désertions.

Tercio de l’Armée des Flandres (théorique)

15x 11 officiers, 70 piquiers, 40 mousquetaires, 79 arquebusiers

Tercio Espagnol ou Italien de l’Armée des Flandres (théorique) 2 x 11 officiers, 159 arquebusiers et 30 mousquetaires 13 x 11 officiers, 69 piquiers et 120 mousquetaires

Disposition tactique

Le Tercio, bientôt copié par presque tous les pays, est ni plus ni moins qu’un château mobile. Les piquiers forment un carré, les tours au quatre coins sont formés des arquebusiers et les mousquetaires couvrent l’espace entre deux tours. Le Tercio est mobile mais peu rapide, très sensible au feu de l’artillerie - mais ce n’est pas encore un véritable problème puisqu’à l’époque les pièces sont peu nombreuses, immobiles et tirent très lentement, et... contrairemen,t à ce qu’on pourrait penser, d’une grande souplesse tactique. En effet, chaque unité évolue dans un cadre précis et la combinaison des tireurs et piquiers permet d’affronter presque toutes les situations.

Le piquiers, regroupés autour du drapeau sont entraînés à ne pas bouger quoi qu’il arrive, à combler les rangs et à tenir ferme la position. En cela, ils sont la forteresse, le refuge. Autour de lui, les tours évoluent, sont détachées sur un flanc, s’avancent pour tirer, escarmouchent avec la ligne ennemie, et en cas de menace de la cavalerie ou d’une charge de l’infanterie, revient se mettre à l’abris près de ses piquiers. Il faut rappeler que la baïonnette est encore à inventer, et que recharger une arquebuse prend tellement de temps que seuls, les tireurs sont désarmés devant une charge soudaine.

En rendant les charges de cavalerie lourde complètement suicidaires, les Tercios conduisirent à la modification radicale de la composition des armées. Pendant près d’un siècle, ils dominèrent les champs de bataille européens avant de se retrouvés dépassés par les évolutions de ses ennemis comme Maurice de Nassau, Wilhelm Dilich ou Johann Jacob Von Walhaussen.

La cavalerie renonça à la charge à la lance et préférera les armes plus légères. La caracole (approche du tercio puis tir au pistolet et retraire rapide avant rechargement et nouvelle attaque) devint sa tactique favorite. Les unités de cavalerie lourde, dont certaines devinrent plus des unités protocolaires ou de garde du corps, préférèrent à viser leur adversaire favoris, la cavalerie de l’ennemie.

Le carré de piquiers a au début de la bataille une dimension intimidante. Elle dissuade l’ennemie de briser sa propre formation. Profitant de cette relative immobilité, les mangas d’arquebusiers n’hésitent pas à entrer en contact et à tirailler comme de l’infanterie légère napoléonienne. Chaque groupe détaché avance, tire quelques balles puis était remplacé. Ce feu lent mais continu et précis désorganisait l’adversaire. En cas de contre attaque de la cavalerie adverse, les hallebardiers accompagnant les arquebusiers formaient un cercle défensif.

Comme on le voit, le Tercio est loin d’être un simple groupe de combattants. Chaque homme a une place déterminée dans le dispositif et une parfaite discipline est indispensable. Le degré d’entraînement nécessaire est aussi très élevé et limite son usage aux armées professionnelles.

Pour lutter contre les Tercios, les Hollandais et les Français développèrent au fil du temps une réplique sous la forme de nouveaux modèles tactiques. Les Hollandais, par exemple, élaborèrent des bataillons plus légers, dotés d’une proportion plus importante de tireurs.

Pour plus d’informations, la consultation du site http://www.geocities.com/ao1617/tercio.html est recommandée

a venir : deuxième partie... et l’escrime militaire ?


NOUS CONTACTER|Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP